La démarcation.
Cette démarcation.
Mot un peu technique pour qualifier l’une des plus belles courbes du corps féminin.
Là où le haut de la hanche se creuse pour devenir la taille.
Là ou s’incruste dans la chair le liseré latéral d’un string.
Le bas d’un corset.
Ou l’anneau d’une ceinture de contrainte.
Ou de chasteté.
Cette courbe me rend fou.
Je m’y promène, m’y attarde, y pose ma tête en rêvant, m’y perds.
Surtout quand la courbe (le creux, la vallée?) est comme peinte.
De noir.
Le noir du latex.
Le noir du lycra.
Absolu.
Ce noir qui enveloppe M. de la tête aux pieds depuis hier matin.
Du bout des orteils au sommet du crâne.
Latex.
Seconde peau.
Depuis samedi.
Depuis l’éternité.
J’ai décidé que M. (une amie du Sud, 26 ans ces jours, bondagette de son état) passerait l’intégralité de ce week-end en bondage… intégral.
J’ai dit.
Et je fais.
Oh, il y aura beaucoup de variantes et de gradations dans la contrainte.
Mais contrainte permanente il y aura.
Ce n’est pas une punition: elle adore cela.
Et comme j’aime aimer ce qu’elle aime et qu’elle aime ce que j’aime et ce que j’aimer aimer, nous adorons en duo.
Là, il est 15 heures et nous venons de déguster un expresso dont j’ai le secret.
Je lui ai donc retiré temporairement sa cagoule de latex car j’ai du savoir-vivre avec les dames: le café c’est sacré, et on ne le boit pas avec une paille.
Contrairement à d’autres choses…
Mais nous y reviendrons.
Elle est allongée sur le côté au milieu du lit.
Moi aussi, perpendiculairement à elle.
Tranquille.
Au chaud.
Cocoon.
Nous écoutons le dernier Tracey Chapmann, reposant, guitarifiant et mélodique comme j’aime, ma nuque confortablement lovée dans le creux de sa taille (voir au-dessus).
Le contact de ma peau avec le latex de sa combi intégrale m’érotise en permanence.
La démarcation.
Oh, il y a bien la ceinture qui emprisonne sa taille, faite de cuir et de métal.
Mais celle-ci est tellement serrée qu’elle se fond avec le latex, qui lui-même ne fait presque plus qu’un avec sa chair…
Donc confort pour moi, pas de marque de ceinture incrustée dans ma nuque!
Elle est endurante, M., très.
Parce-que, quand-même, il faut le supporter, le mono-gant lacé qui emprisonne ses bras joints dans son dos depuis ce matin.
Depuis l’aube.
Rigolo, le breakfast ainsi bondée.
Elle a ingurgité ce qu’elle pouvait dans sa situation, comme un chaton maladroit, le museau directement dans son bol.
Charmant.
Serré, aussi, très (moi je serre tout au maxi, de toute façon, cherchez pas).
Et la chaine de 10 cms qui relie ses poignets à ses chevilles dans son dos depuis le café, la maintenant dans une position très peu ergonomique depuis presque deux heures.
Elle bouge un peu, essaie de trouver un semblant de confort sans sa situation, mais c’est pas gagné.
Je lui ai enfin trouvé une ceinture de chasteté comme elle en rêvait, et nous la testons depuis vendredi soir. Nous sommes dimanche et elle ne l’a pas quittée un seul instant.
Apparemment, ça va.
Et même sous la combi en latex, la ceinture se voit peu, tant elle est fine et anatomique.
Mais aussi résistante et inviolable que discrète!
Bravo la technologie.
Je l’ai faite faire sur-mesure car nous ne trouvions rien de satisfaisant sur le marché.
Et puis, M. est exigeante.
Très exigeante.
Elle veut du bondage, du vrai.
Pas du ligotage de carnaval pour demi-portions.
Du vrai, elle veut du vrai.
Du compliqué, du contraignant, du durable.
Elle est servie.
DEMARCATION (suite: 2ème épisode)
Et puis, je regrette pas ma récente petite virée à Amsterdam pour y faire quelques emplettes fétichistes…
Néophytes, oubliez tout de suite les boutiques de France pour ce genre de shopping: glauques, chères, de mauvaise qualité, et qui plus est, toutes plus ou moins gérées par des mafias diverses et (a)variées.
Non, définitivement, si la Silicon Valley est la Mecque de l’e-business, la Hollande et l’Allemagne sont les terres promises du fetish-business!
J’ai trouvé tout ce que M. et moi cherchions, et même mieux encore, et au diable l’avarice!
Cette fois, nous avons complété notre panoplie latex, mais j’ai également innové en trouvant des accessoires de contrainte faits de métal et de cuir, garantis inviolables (il y a un terme anglais pour ce genre d’attirail, mais je n’ai encore pas trouvé de traduction française satisfaisante. Le mot, c’est “inescapable”, et rien que de l’écrire, j’en ai des frissons de bonheur…)
Jugez plutôt d’après mon inventaire d’un stock que je pourrais nommer “Le Plaisir de M.”:
- harnais de tête en métal parfaitement ergonomique et ajustable, doublé de cuir souple, avec baillon gonflable intégré
- harnais de corps de type corset en métal doublé de cuir, avec ceinture de chasteté amovible fixée par vis et cadenas
- collier de contrainte (10 cm de haut) métallique cadenassé
- 3 paires de bracelets-menottes réglables métal-cuir, chacun étant relié par une chaine également ajustable
Sans compter divers cadenas et mousquetons dits de “sécurité”, c’est-à-dire des modèles utilisés par les armées et autres alpinistes et réputés absolument à toute épreuve.
Pour M., il faut bien cela, croyez-moi.
De plus, tous les éléments métalliques sont garantis en acier trempé, de type “blindé”, résistant à la plupart des outils disponibles sur le marché du grand public…
Nos amis Bataves font décidément très bien les choses!
J’en suis là de mes divagations, toujours lové sur ma M. chérie, bondée sagement sur son lit.
Elle ignore tout de mes dernières emplettes.
Et de la “séance d’essayage” que je lui réserve dans quelques instants.
Je l’entends respirer fortement dans sa cagoule.
Je la laisse, car on dirait qu’elle est sur le point de s’endormir!
Fais de beaux rêves, mon ange, et ne bouge pas trop!
17 h.
M. se réveille doucement.
“Bien dormi?”
“mmmhhhff” est sa seule réponse.
Bien sûr, pas facile de s’exprimer avec un baillon planté dans la bouche, le tout encagoulée et bondée comme elle l’est.
“J’ai quelques cadeaux pour toi…”
Je dévérouille la chaîne qui relie ses chevilles à ses poignets, et l’aide à se déplier doucement. Gaffe aux froissures musculaires, c’est que j’y tiens à ma Belle!
Je la soutiens jusqu’à ce qu’elle trouve un semblant d’équilibre assise sur le bord du lit.
Je délace les sangles de son mono-gant et le laisse glisser derrière elle, libérant également ses bras, que je masse délicatement des épaules aux poignets.
J’enlève les bracelets de ses chevilles.
La voilà presque libre, autant qu’on puisse l’être, enveloppée dans une seconde peau de latex et une cagoule-baillon.
Je retire le baillon amovible, que je déclipe de la cagoule.
Salive, beaucoup.
“J’ai horriblement soif, je ne sens plus mes mâchoires. Tu es un monstre! Mais tu l’es encore plus de me libérer! Qu’est-ce qui te prend, je croyais que c’était mon week-end extrême!?” sont les premiers mots que M. prononce depuis ce le petit-déj de ce matin.
“J’ai des choses à te faire essayer”.
“OK, alors j’enlève aussi la combi et la cagoule, et je vais prendre un bain”.
“J’ai bien peur que non, ma chérie, car nous avons du travail. Si tu as soif, c’est le moment d’aller boire”
M. se lève délicatement, et je l’aide à trouver son chemin jusqu’à la cuisine. Son corps enveloppé de latex moulant et son regard totalement occulté par la cagoule intégrale me rendent fou de désir, et ajoutent une grâce maladroite indescriptiblement érotique à son statut d’esclave consentante.
Je l’aide également à boire, beaucoup, de l’eau fraîche, dont une partie coule sur le latex de sa seconde peau, formant des perles improbables qui semblent engagées dans une course poursuite sans fin.
Une fois le litre et demie d’eau ingurgitée, et M. parfaitement désaltérée et hydratée, nous passons aux choses sérieuses.
Très sérieuses, car je nous réserve une surprise de taille, totalement inédite, et à vrai dire un peu barjeot, dont je ne mesure pas encore toutes les conséquences…
Harnais de tête.
J’écarte les différentes sections articulées de l’engin, comme une sorte de grande pince à sucre.
Et referme le tout autour du crâne de M.
J’ajuste chaque lanière au plus près en prenant garde de ne pas compresser sa tête.
Le tout est solidement verrouillé par un système de vis elle-même sécurisée par un petit cadenas blindé. Le baillon gonflable en forme de poire a pris place dans la bouche de M.
Je ne résiste pas plus longtemps au plaisir de le gonfler fermement jusqu’à ce que ses joues s’arrondissent.
L’ensemble harnais métallique chromé sur cagoule de latex a très fière allure, je vous le garantis.
Je procède de la même façon pour le harnais de buste, en sécurisant bien le tout à l’aide des divers cadenas et la ceinture de chasteté (ce qui en fait deux juxtaposées, séparées par une épaisseur de latex, mais je crois que M. apprécie).
Puis je passe autour de son cou le collier de contrainte, et le verrouille de la même façon.
Afin d’accentuer l’enfermement et le frisson, il faut savoir que chaque appareil a sa propre clé, et qu’elles sont toutes absolument d’apparence identiques … Bonjour le casse-tête chinois pour libérer tout le bazar si on n’est pas organisé un minimum!
Je finis en attachant les bras dans le dos de M. coudes joints à l’aide de deux paires de bracelets métalliques, l’un au dessus des coudes, l’autre aux poignets, le tout relié par deux cadenas sans chaîne, donc sans aucune liberté de mouvement.
Belle M. cambrée, latexée et métallisée!
Je l’aide à s’allonger sur le lit de nouveau, et relie de nouveau ses poignets à ses chevilles, mais avec davantage de liberté cette fois, environ 1 mètre de chaîne entre les deux, et à peu près 50 cms de chaine entre ses chevilles, de sorte qu’elle pourra se déplacer “librement” dans l’appartement.
Maintenant, la surprise.
M. est loin de se douter de la connerie que je vais faire.
Moi aussi, remarquez.
Je ne saurai que dans quelques temps que c’est une connerie.
Mais en est-ce vraiment une, après tout?
“Tu aimes tellement les situations “définives”, ma Belle, n’est-ce pas? Rien ne te plait plus que d’être bondée à l’extrême, longtemps, sans aucune possibilité de te dégager, sans savoir pour combien de temps, c’est cela”
“mmmffhhh, mmmhh”
“On est bien d’accord. La seule différence par rapport à une vraie situation de captivité forcée, c’est que, d’abord tu es consentante, et ensuite, tu es avec moi, donc le jeu est un peu faussé à la base, car tu sais que je te libérerai quand nous estimerons que le jeu est fini, d’un commun accord…”
“mmmhhh”
“alors que, avec ce que je vais faire maintenant, nous allons tous les deux perdre tout contrôle de la situation, et ni toi ni moi risquons de n’être plus en mesure de te libérer. Alors ton rêve absolu sera réalisé: même moi, je ne pourrai plus te libérer. Si tu es d’accord, fais oui avec ta tête”
Un silence, un moment.
M. opine du chef dans son harnais cagoule.
Elle est d’accord.
Cette fille va au bout de ses rêves.
Donc, je m’exécute.
Je prends l’ensemble des clés de tous ses cadenas, menottes et harnais.
Blindés, je le rappelle.
J’abandonne M. quelques minutes.
Ascenseur.
Dehors, rue.
Je marche une centaine de mètres, jusqu’à une bouche d’égout située au milieu de la chaussée.
Et je jette toutes les clés en les passant consciencieusement une à une par le petit trou au centre de la plaque métallique.
Adieu.
Pas de doubles.
M. prise au piège, bondée pour une durée indéterminée.
Veuillez l’excuser, mais M. est indisponible jusqu’à nouvel ordre.
Et, surtout, elle ne le sait pas encore.
Connerie?
Métal, blindage, “inescapable”, ces mots me reviennent et tournoient dans ma tête comme des rotors d’hélicoptère.
Au bout de mes rêves.
Si l’ami Goldman avait su que sa ritournelle deviendrait la devise d’un couple bondage, il ne l’aurait peut-être pas écrite!
Il va me falloir annoncer à M. ce que je viens de faire.
Comment va-t-elle le prendre?
Retour à l’appartement.
La forme.
La chose.
Noire et luisante.
Impeccablement femme.
Ce corps adulé, enveloppé, contraint, restreint, enlatexé, enchaîné, cadenassé.
Qui gît impuissant sur le lit.
Emotion.
Donc Erection.
C’est le problème, d’ailleurs.
Comme je le rappelle souvent, je ne suis pas un bourreau professionnel!
Je ne suis qu’un homme.
Avec ses émotions et ses désirs.
Immédiats.
Et c’est sûrement le plus difficile.
Surmonter son envie.
Pas tout de suite, pas craquer.
Le bondage est comme le bon vin: il révèle toute sa saveur dans la durée.
Donc, j’ai envie de la prendre, la fille.
De la baiser, d’inonder, que dis-je, de cycloner tous ses orifices.
Elle bondée et moi conquérant.
Conneries.
Le bondage n’a pas grand chose à voir avec des “rapports sexuels”.
Mais quand même, parfois, ça démange, je te jure.
Et puis si je tiens plus, j’enlèverai juste son baîllon et j’éjaculerai dans sa bouche, vite, sans lui laisser le plaisir de sucer.
Juste vider mes couilles et reprendre mes esprits.
Et remettre le baîllon tout de suite pour éviter les fuites.
“M., ma belle, tu m’entends?”
“MMfff”
“Tu sais quoi, je crois que j’ai fait une connerie”
“mmmhh”
“J’ai jeté les clés. Je veux dire, toutes les clés de tous tes liens. Vraiment jetées, dans une bouche d’égoût de la rue en bas. Je ne crois plus être en mesure de te libérer, du moins pas avant la fin du week-end. Il me faudra des outils spéciaux et les magasins sont fermés jusqu’à lundi…”
Silence.
M. se met à tanguer dans le peu de latitude que lui laissent ses entraves, je vois ses cuisses se frotter et se serrer. “mmmhhff, hhann” gémit-elle dans son baîllon. Ma parole, on dirait que mon annonce lui fait un effet inattendu!
Orgasme!
M. jouit de toutes ses forces, apparemment complètement survoltée par ce que je viens de lui dire.
Tout son corps tremble, pris de soubresauts qui ont pour effet de tendre et détendre ses chaines et de faire bruisser le latex.
Spectacle unique, dont la charge érotique et dramatique est difficile à décrire.
Beauté, mystère de la Femme dans sa quête d’absolu.
Les seuls mots qui me viennent à l’esprit.
La Femme, qui contrairement à toutes les idées reçues et politiquement correctes, dirige le monde.
Et encore davantage quand elle atteint le paroxysme de la soumission physique.
Car c’est bien elle qui, en plus de la sienne, contrôle mon émotion, mon désir et mon plaisir à cet instant précis.
Et c’est cela que j’ai voulu dépasser en prenant ce risque débile de jeter les clés: reprendre le contrôle en muant la contrainte voulue en contrainte totale et véridique, jusqu’à ce que le bondage ne procure plus de plaisir mais uniquement de la souffrance.
Quitte à perdre provisoirement le contrôle moi-même.
Il est 19 heures.
Samedi.
Les magasins de bricolage ouvrant leurs portes lundi matin, je pourrai dans le meilleur des cas commencer à essayer de sectionner les entraves de M. lundi en fin de matinée.
Ce qui lui fait au minimum une quarantaine d’heures à passer ainsi.
C’est pas gagné…
Heureusement que j’ai pas trop serré le tout et qu’elle peut un peu marcher.
Au fait, y a quoi, ce soir à la TV?