17 heures.
Hôtel Art Déco, centre de Paris, 15 novembre 2007.
Je suis prêt.
J’ai pris ma chambre vers 15 heures. Une belle chambre, spacieuse, classieuse, esprit lounge, chaîne B&O, écran plat grand comme un demi stade de foot, salle de bain grande comme ma cuisine, que j’ai déjà inaugurée en prenant un bain pendant presque une heure. C’est excitant, un bain, surtout en préalable à ce qui va se passer dans quelques minutes ici même.
Tu dois arriver d’une minute à l’autre.
Je t’attends, je suis prêt.
Et pourtant je ne suis sûr de rien. Je n’ai pas l’habitude de donner rendez-vous à une totale inconnue rencontrée quelques semaines auparavant sur internet.
Ou plus précisément : sur MON blog.
Oui, une lectrice, peut-être un peu plus assidue que les autres. Peut-être aussi plus entreprenante, puis aventureuse.
Tout ce que j’aime, quoi.
L’incertitude sur ta venue à 17 heures me pèse : et si tout ça était bidon ? Je guette le moindre bruit d’ascenseur, le moindre signal de mon téléphone…
Je me sers un whisky tiré du minibar pour me détendre, je zappe devant des émissions débiles comme seul le câble peut en produire, ou des abrutis déguisés en je ne sais quoi doivent répondre à des questions de niveau cm2 (mais n’y arrivent pas).
Mon téléphone. Ca sonne ! Putain, j’ai le palpitant qui s’emballe. Je le saisis.
- Allo ?
- Allo, heu, Neo ? Oui c’est moi, L. Je suis là à la réception.
- Ok, chambre 425. Tu te rappelles bien les consignes ?
- Oui oui.
- Ok je t’attends.
Mon coeur bat la chamade, j’ai beau avoir une certaine expérience des rapports homme-femme (et du sexe !), l’émotion avant une nouvelle rencontre est toujours la même, intense, délicieuse, comme au temps de mes premiers émois amoureux…
Tu frappes à la porte.
Je vais voir, je vais savoir. Pourvu que tu n’aies pas menti, que tu conforme à la description que tu as faite de toi dans nos derniers emails.
J’ouvre en me cachant derrière la porte comme convenu dans notre plan millimétré. Tu t’avances délicatement dans le hall d’entrée de la suite. “C’est beau, sympa…”. Ce seront probablement les derniers mots que tu prononceras en ma présence.
Je ferme la porte derrière nous, et je la verrouille. Mon excitation est déjà indescriptible.
Je t’admire de derrière, tu ne m’as pas menti, je n’ai pas encore vu ton visage, tes cheveux tombent en cascade dorée sur tes épaules. J’adore ton long manteau noir et les bottes fines qui émergent à peine. Je sais ce que tout cela cache, je sais ce que tout cela promet.
Tu quittes ton manteau, délicatement, en défaisant d’abord sa ceinture, puis tu les laisses glisser sur le sol. Tu as respecté le contrat : tu portes un bustier rouge et noir, un string assorti, des bas (des vrais, avec porte-jarretelles, pas des Dim-up), et tes sublimes bottes noires, fines et luisantes… Flash, clic-clac : je prends une photo de toi, comme ça, sublime et inconnue. Je n’ai toujours pas vu ton visage.
Mais surtout, toi tu ne m’as pas vu du tout.
A suivre…

