New-York.
Tribeca, le nouveau district très tendance de la Grosse Pomme.
Il parait que Robert De Niro y a son restaurant, et que le tout-Manhattan s’y presse pour voir et être vu, selon la formule consacrée.
Je suis ici depuis hier pour affaires.
La première journée ne s’est pas trop mal passée, et j’ai décidé de prendre un peu de bon temps ce soir.
C’est dingue ce que la ville a changé depuis mon dernier séjour il y a 3 ou 4 ans.
Cette ville me tue à chaque fois par la fulgurance de ses métamorphoses!
Vous êtes allés à New-York il y a plus de 2 ans et vous prétendez bien la connaître?
Oubliez tout! Elle a complètement mué, et ce n’est plus la même!
Ici un building de 50 étages pousse en moins de 6 mois, donnant l’impulsion au lifting complet d’un block, qui lui-même…
Mouvement perpétuel.
Accélération exponentielle.
Ca tombe bien, mon séjour coïncide (je dis bien: coïncide…) avec la tenue annuelle d’une des plus grandes fetish parties de la planète.
Celle-ci, qui a lieu habituellement à Amsterdam (comme on se retrouve!) a été cette année décentralisée en territoire US à la demande des milliers d’adeptes yankees du fétichisme.
Je me suis débrouillé pour obtenir une entrée via le web (très cher pour les mecs non accompagnés). Mais cela ne suffit pas: le dress-code est hyper strict et sélectif! Pas question d’espérer franchir le seuil de la soirée en habit de ville…
J’ai donc cassé encore un peu plus ma tirelire pour m’équiper de façon appropriée dans la boutique Demask de New-York.
Afin de faire dans le “bon goût” discret (hey, je viens de l’autre bout de la ville en Taxi, et même à Manhattan ou plus rien n’étonne, j’ai pas envie de passer pour un siphonné!), j’ai opté pour un pantalon en skai assez moulant, un t-shirt idem, mes Doc Marteens habituels en cuir noir, et ma veste Noire Kenzo par-dessus le tout. Mes vieilles Ray-ban Wayfarer bien blacks sur le pif et du gel dans mes cheveux bruns, et je me fais vraiment penser à une sorte de mélange entre un un Lou Reed période Velvet Underground et un Bryan Ferry millésime Roxy-Music!
Ca me rappelle mes années punk, dirait l’ancien con battant.
J’ai pas trop changé avec l’âge, finalement, et il suffit de quelques oripeaux de la belle époque pour retrouver une nouvelle jeunesse!
Youpiii!
Bon, pour compléter le tableau et faire genre, j’ai pas non plus négligé les détails.
Les dessous (ça se dit pour un mec?).
On sait jamais ce qui peut arriver dans ce genre de soirée!
J’ai fait simple mais efficace.
Rien d’autre qu’un superbe boxer-short seconde peau, genre mes habituels Calvin Klein, mais… en latex noir luisant (oui, ils ont tout, chez Demask!).
Difficile à enfiler (j’aurais peut-être dû me faire une totale épilation avant), mais une fois ajusté, hyper confortable, collant et en-même temps souplement sensuel.
J’adore et je me sens bien.
GO!
Hôtel Waldorf Astoria.
Une ville dans la ville, ce truc!
Vraiment, impressionnant.
J’ai l’impression que je vais voir débouler Cary Grant à chaque arrivée d’ascenseur dans l’aéroport qui sert de hall central.
On ne se refuse rien chez les fetish-maniacs.
Salons privés.
On n’est pas à l’Ibis, ici.
Le moindre salon privé pour séminaires et réceptions est à peine plus petit qu’un stade de base-ball, et je me régale déjà de ce que je commence à apercevoir à l’entrée du salon réservé.
Pancarte “Fetish Ball Bizarre”.
C’est là.
Il y a déjà un monde fou, et inutile de dire que l’odeur du latex envahit déjà mes sens!
Bonjour, c’est moi, Neo direct from France.
J’en prends plein les zyeux, dément!
Une foule bigarrée (vous l’aviez remarqué: une foule est toujours bigarrée) latexée, enchaînée, cagoulée, bondée, fashion, métal, lycra et tutti quanti se mélange, se parle (quand elle n’est pas bâillonnée) se congratule, se compare, se mesure, s’envie, se touche, s’embrasse.
Tous les fetish-addicts de la planète semblent s’être donnés RV ici.
Ambiance vraiment bon enfant.
Moi qui ai toujours hésité à fréquenter ce genre de soirée, je suis assez agréablement surpris par l’état d’esprit qui y règne.
Peut-être l’effet de la multitude et du cosmopolitisme.
L’excitation électrique que procure New-York, aussi.
Une scène.
Une croix.
Une fille attachée sur la croix.
Probablement pour la soirée.
Encagoulée avec une cagoule gonflable visiblement dotée d’un bâillon idem.
Nue avec corset et bas en latex.
Et une espèce de ceinture de chasteté fixée cadenassée à son entrejambes.
Un fil tout ce qu’il y a de plus électrique qui sort de l’attirail.
Relié à un boîtier.
Le boîtier lui-même pourvu d’une fente.
Un monnayeur!
Diabolique.
Comme un jeu d’arcade!
Vous mettez 50 cents dans le truc et la machine se met en marche.
Las Vegas Double Extasy, ça s’appelle!
L’explication figure sur un petit chevalet devant le monnayeur: “introduisez une pièce de 50 cents, et le mécanisme se met en branle (! traduction libre…) pour 3 minutes. Il est doté d’un gode à piston et d’un stimulateur clitoridien qui fonctionnent à tour de rôle. Le jeu consiste à arriver à les déclencher les deux simultanément. Le processus dure alors 15 minutes et vous gagnez un lot de chez Doma et une consommation gratuite.”
Inutile de dire qu’il y a foule pour tenter sa chance!
Je me pose une question: la fille a-t-elle déjà touché le gros lot?
Je vais prendre un verre au bar.
Et je tombe sur le spectacle le plus fascinant qui m’ait été donné de voir depuis longtemps.
Deux femmes sont là.
L’une porte une combinaison intégrale de latex rouge et noire, sur laquelle elle a enfilé un corset et des cuissardes en vynile. Une cagoule masque son visage, mais laisse les yeux, la bouche et les narine libres. Elle tient l’autre fille en laisse à l’aide d’une chaîne. Bien sûr, elle est sexy à s’en péter une durite!
Mais c’est l’autre fille qui retient mon attention tant son accoutrement semble étudié pour la contrainte.
Je devine également une combinaison de latex intégrale, mais transparente, cette fois.
Sur laquelle est enfilée une robe fourreau de latex noire, emprisonnant intégralement son corps et mettant ses formes en valeur d’une façon qui ferait se transformer n’importe quel grabataire impuissant en loup de Tex Avery!
La robe doit être un enfer à enfiler. Moulante (le mot est faible) du bas des chevilles au haut du col roulé, en passant par les manches qui ne laissent passer que le bout des doigts emprisonnés eux-même par le latex transparent de la combinaison.
La fille porte de larges menottes de cuir reliées à une ceinture enserrant sa taille.
Je devine sous le moulant de sa robe le même équipement réduisant sa mobilité, au niveau des cuisses et des chevilles.
Comme elle doit bouillir là-dedans!
Mais le plus incroyable se situe au niveau de son… visage.
Un visage lisse et si peu expressif!
Des lèvres outrageusement maquillées de rouge vif.
Une peau claire.
Comme une poupée de porcelaine!
Elle me regarde, je la regarde, mais elle est comme sans expression.
Et pourtant, je vois bien ses yeux, bleus et mobiles.
Bizarre, mais dans la pénombre du bar, je n’arrive pas à distinguer pourquoi cette sensation de malaise.
Celle qui semble être sa dominante sirote tranquillement un tequila sunrise à la paille.
La soumise, elle, ne consomme pas.
J’engage la conversation.
Les filles sont… italiennes.
Ont fait le déplacement exprès.
“Je ne savais pas qu’on aimait le latex au pays de la Rome éternelle.”
“oh, vous savez, nous sommes effectivement très… marginales là-bas, mais les amatrices de fétichisme et de bondage en Italie le vivent comme les italiennes vivent tout le reste: avec passion et goût”
D’ou ces tenues si esthétiquement ajustées, ces courbes et ces poses si érotiques.
“Votre amie a l’air comme… absente. Elle ne parle jamais, ne boit jamais, même ainsi accoutrée?”
“Non, ce soir, c’est sa Grande Epreuve, et ma poupée n’a pas droit au chapitre. Elle est là, c’est tout, et c’est déjà pas mal. D’ailleurs, nous allons rentrer, car nous sommes un peu fatiguées par le décalage horaire. J’aurais besoin d’un témoin. Accepteriez-vous de nous accompagner à notre hôtel”.
Et comment, ma jolie.
Je ne suis pas spécialement ici pour faire LA rencontre, mais une offre comme celle-ci ne se refuse pas!
Vestiaire.
J’aide la “poupée” à se vêtir. Elle garde ses menottes et marche avec difficulté à tous petits pas. Je passe sur ses épaules un long manteau de cachemire l’enveloppant complètement.
Taxi.
Hôtel.
Chambre.
Ces femmes sont vertigineuses.
Mon sexe crie au secours tant l’excitation de cette soirée a été éprouvante pour lui.
Mon bas-ventre brûle de mille feux dans le latex et il va bien falloir que je fasse quelque chose pour lui!
La dominante intime à la “poupée” l’ordre de s’asseoir sur une chaise faisant face au lit.
Puis défait ses menottes et entreprend de la dévêtir de sa robe.
“Aidez-moi, cette robe est un enfer à enlever”.
Quelques minutes et efforts plus tard, la robe est par terre.
Laissant apparaître les coulisses de la belle.
De chacun de ses orifices intimes, passant au travers de la combinaison transparente, sort un tuyau relié à une poire.
Probablement un double-gode gonflable, la petite veinarde.
La dominante semble ne pas résister à ce plaisir: “pourriez-vous s’il vous plait vérifier le gonflage et remettre un peu de pression?”
Je.
Petites pressions successives sur chaque poire.
J’ai l’impression d’être un toubib en train d’actionner un tensiomètre.
“N’hésitez pas, allez-y franchement, ma poupée a besoin d’être bien remplie, bien regonflée”
Un autre tuyau, plus long, sort de la chatte de la fille.
Relié à une poche en plastique très “équipement médical”.
Poche fixée solidement par deux lanières à la hauteur de son mollet.
Poche pleine de liquide jaune.
Pisse.
La fille est équipée sous sa combi d’un “piss-panty”, sorte de boxer-short muni d’un tuyau d’évacuation moulé lui permettant d’uriner “en public” sans fuite et en toute discrétion.
Et apparemment elle ne s’en n’est pas privé, la vilaine.
A la demande de celle qui est devenue “ma partenaire”, nous attachons solidement la poupée à la chaise (lanières, cordes et mono gant en stock dans une valise de ces dames).
Et nous l’invitons au spectacle à notre tour.
Nous faisons l’amour devant elle, longuement, langoureusement, passionnément, latexement…
La poupée se tortille dans ses liens, gémit, mais bizarrement aucun véritable son ne sort de sa bouche.
Décidément bien discrète.
Jouissance.
Jouissances.
Mutuelles.
Répétées.
Je me lève pour saisir deux boissons dans le mini-bar.
La poupée me suit des yeux.
Presque 3 heures qu’elle est là, bondée sur sa chaise à nous regarder.
Je m’approche d’elle.
La lumière de la chambre me permet de mieux voir.
Les bras m’en tombent.
Masque!
La “poupée” dévoile son secret: sa tête est en fait enveloppée dans une fine cagoule de latex, entièrement fermée, sauf au niveau des narines et des yeux.
Sur la face extérieure de cette cagoule de couleur peau, sont peints en trompe-l’œil tous les attributs d’un visage féminin, des lèvres maquillées de rouge au fard sur les joues…
Elle semble collée comme ces masques de déguisement que l’on voyait dans ces films d’espionnage (remember Mission Impossible ou Fantomas!).
De plus, une perruque est fixée à la cagoule, donnant à l’ensemble un aspect hyper-réaliste.
Il faut vraiment une lumière claire pour débusquer le truc!
Démentiel.
Mon Dieu! Elle porte ceci depuis le début de la soirée et il est presque 5 heures du matin!
La résistance des soumises m’a toujours sidéré, mais là, c’est le bouquet!
“Ma poupée est très patiente” m’explique la belle dominante.
“C’est son rôle, elle n’est là que pour m’admirer. C’est ma chose. Et comme je la veux vraiment fidèle, je la réduis au silence. C’est pourquoi la cagoule qu’elle porte est également munie d’un bâillon boule interne. Je suis sûre ainsi qu’elle ne dira pas de bêtise. Bien sûr, cela comporte un petit inconvénient de confort: elle ne peut pas boire ni manger. Mais je veille toujours à bien l’hydrater avant une soirée comme celle-ci. Voyez la poche d’urine: n’est-ce pas la meilleure preuve de sa bonne santé?”.
Sur ces paroles, la dominante s’approche et commence à défaire la cagoule-masque de sa pauvre poupée. Un collier la sécurisait bien en place serrée autour du cou.
Elle déroule le latex et le visage de la fille apparaît. Jolie, blonde comme les Italiennes savent l’être. Enfin, pour ce que je peux en voir, car ses cheveux sont littéralement collés par l’épreuve et la sueur. La fille a du mal à faire un effort supplémentaire pour ouvrir la bouche de façon à ce que le bâillon puisse lui être retiré. Toute la partie inférieure de son visage est recouvert d’un mélange de sueur, et de salive séchée et mouillée.
Je me demande comment elle a pu endurer un truc pareil, moi qui ne supporte pas un bâillon plus de 10 minutes sans avoir de terribles crampes de mâchoires qui se transforment vite en migraine.
C’est cela, une véritable adepte du bondage!
Elle va rester attachée ici, mais nous allons la faire boire abondamment et lui nettoyer le visage.
Et nettoyer sa cagoule.
Nous verrons ensuite.
Pour le moment, dodo.
Va-t-elle enfin s’endormir dans son bondage, maintenant qu’elle est libérée de son horrible masque de torture?
Réponse demain matin, à l’heure des bagels et des pancakes chauds.